Depuis plus d’une décennie, les dirigeants politiques sont obsédés par les résultats des évaluations en lecture, en écriture et en mathématique. Dans plusieurs sphères de compétence, ces résultats ont été utilisés comme la seule et unique mesure de réussite en éducation. On se dit que, si les résultats augmentent, c’est que le système d’éducation fonctionne bien et que nos enfants seront en mesure de faire face à la concurrence dans l’économie mondiale.
Mais il pourrait y avoir un risque associé à cette étroitesse de vue.
Les résultats des évaluations augmentent, mais il s’est produit une baisse marquée du pourcentage d’enfants qui disent aimer lire. Or le plaisir de la lecture, ou son absence, a des répercussions beaucoup plus fortes que les résultats d’évaluations (et plus fortes même que la compétitivité à l’échelle mondiale).
Reading for Joy, un nouveau rapport de People for Education, révèle qu’en Ontario, le pourcentage d’élèves de la 3e année qui disent « aimer lire » a chuté de 75 % en 1998-1999 à 50 % en 2010-2011, tandis que le pourcentage de ceux de 6e qui disent « aimer lire » est tombé de 65 % à 50 % au cours de la même période. Les données proviennent de l’Office de la qualité et de la responsabilité en éducation (OQRE) de l’Ontario, qui a mené son enquête auprès de plus de 240 000 élèves de la 3e et de la 6e années.
Le rapport cite aussi des recherches de l’OCDE montrant qu’un amour de la lecture influe sur l’apprentissage dans toutes les matières de même que sur le sens d’engagement social et civique des élèves. Les élèves qui aiment lire sont plus portés à lire davantage et à rechercher une connaissance plus approfondie et par conséquent une compréhension conceptuelle plus profonde du sujet.
Alors, pourquoi les enfants lisent-ils moins? La télévision et les ordinateurs contribuent sans doute au problème, mais il est aussi possible que l’importance que les écoles attachent à la « mécanique » de la lecture et à la compétence plutôt qu’au plaisir détourne les enfants des livres.
Les devoirs pourraient aussi être à blâmer, ou du moins le genre de devoirs qui rendent la lecture fastidieuse. Or les parents peuvent prendre certaines mesures pour encourager les enfants à lire, mais elles n’incluent pas de les aider avec leur « décodage » et leur « correspondance lettre-son ». Nous devrions plutôt encourager les parents à lire tout simplement à leurs enfants, par plaisir. Lire à des enfants est une des meilleures façons pour les parents d’encourager la réussite scolaire, et, dans quelque langue que ce soit, cette activité contribue à cultiver le plaisir de la lecture.
Les instituteurs bibliothécaires ont aussi un rôle à jouer. D’après une étude réalisée par l’Université Queen’s et le groupe People for Education, dans les écoles primaires qui comptent des instituteurs bibliothécaires, les élèves sont plus portés à dire qu’ils aiment lire. Malheureusement, en Ontario, le pourcentage d’écoles primaires ayant des instituteurs bibliothécaires continue de diminuer; il est tombé de 76 % en 1998-1999 à 56 % en 2010-2011. Au secondaire, le pourcentage d’écoles comptant des instituteurs bibliothécaires a chuté de 78 % à 66 %.
Il est temps de faire des changements dans nos écoles. Nous devons tout d’abord élargir notre définition de la réussite en éducation. Il ne suffit pas d’aspirer à certains résultats en lecture, en écriture et en mathématique, et il est erroné de penser que l’éducation consiste uniquement à acquérir des compétences en vue d’accéder au marché du travail. La profondeur et l’étendue de notre éducation ont des conséquences pour le reste de notre vie, notre capacité à devenir des citoyens engagés, à être socialement responsables, à nous comprendre nous-mêmes et à comprendre les autres, à être heureux et à parvenir à la réussite au sens le plus large du mot. En outre, la lecture est présente dans chaque aspect de l’éducation.
Si le pourcentage d’élèves qui disent « aimer lire » était une des mesures de réussite pour les écoles de l’Ontario, nous apporterions les changements nécessaires pour faire en sorte que le pourcentage augmente au lieu de diminuer.
Par conséquent, au lieu de fixer des objectifs pour les résultats des évaluations, commençons à en établir pour le plaisir de la lecture. Assurons-nous d’avoir dans nos écoles des clubs de lecture et des bibliothèques florissantes et d’envoyer aux parents des notes pour les inviter à lire à leurs enfants, pour le simple plaisir de le faire.
La relation des enfants avec la lecture aura des conséquences sur le reste de leur vie; il est temps de veiller à ce que cette relation soit positive.
Annie Kidder
People for Education

