Blogue de la Campagne nationale sur la lecture

Le plaisir de lire

16/12/2011

Depuis plus d’une décennie, les dirigeants politiques sont obsédés par les résultats des évaluations en lecture, en écriture et en mathématique. Dans plusieurs sphères de compétence, ces résultats ont été utilisés comme la seule et unique mesure de réussite en éducation. On se dit que, si les résultats augmentent, c’est que le système d’éducation fonctionne bien et que nos enfants seront en mesure de faire face à la concurrence dans l’économie mondiale.

Mais il pourrait y avoir un risque associé à cette étroitesse de vue.

Les résultats des évaluations augmentent, mais il s’est produit une baisse marquée du pourcentage d’enfants qui disent aimer lire. Or le plaisir de la lecture, ou son absence, a des répercussions beaucoup plus fortes que les résultats d’évaluations (et plus fortes même que la compétitivité à l’échelle mondiale).

Reading for Joy, un nouveau rapport de People for Education, révèle qu’en Ontario, le pourcentage d’élèves de la 3e année qui disent « aimer lire » a chuté de 75 % en 1998-1999 à 50 % en 2010-2011, tandis que le pourcentage de ceux de 6e qui disent « aimer lire » est tombé de 65 % à 50 % au cours de la même période.  Les données proviennent  de l’Office de la qualité et de la responsabilité en éducation (OQRE) de l’Ontario, qui a mené son enquête auprès de plus de 240 000 élèves de la 3e et de la 6e années.

Le rapport cite aussi des recherches de l’OCDE montrant qu’un amour de la lecture influe sur l’apprentissage dans toutes les matières de même que sur le sens d’engagement social et civique des élèves. Les élèves qui aiment lire sont plus portés à lire davantage et à rechercher une connaissance plus approfondie et par conséquent une compréhension conceptuelle plus profonde du sujet.

Alors, pourquoi les enfants lisent-ils moins? La télévision et les ordinateurs contribuent sans doute au problème, mais il est aussi possible que l’importance que les écoles attachent à la « mécanique » de la lecture et à la compétence plutôt qu’au plaisir détourne les enfants des livres.

Les devoirs pourraient aussi être à blâmer, ou du moins le genre de devoirs qui rendent la lecture fastidieuse. Or les parents peuvent prendre certaines mesures pour encourager les enfants à lire, mais elles n’incluent pas de les aider avec leur « décodage » et leur « correspondance lettre-son ». Nous devrions plutôt encourager les parents à lire tout simplement à leurs enfants, par plaisir. Lire à des enfants est une des meilleures façons pour les parents d’encourager la réussite scolaire, et, dans quelque langue que ce soit, cette activité contribue à cultiver le plaisir de la lecture.

Les instituteurs bibliothécaires ont aussi un rôle à jouer. D’après une étude réalisée par l’Université Queen’s et le groupe People for Education, dans les écoles primaires qui comptent des instituteurs bibliothécaires, les élèves sont plus portés  à dire qu’ils aiment lire. Malheureusement, en Ontario, le pourcentage d’écoles primaires ayant des instituteurs bibliothécaires continue de diminuer; il est tombé de  76 % en 1998-1999 à 56 % en 2010-2011.  Au secondaire, le pourcentage d’écoles comptant des instituteurs bibliothécaires a chuté de 78 % à 66 %.

Il est temps de faire des changements dans nos écoles. Nous devons tout d’abord élargir notre définition de la réussite en éducation. Il ne suffit pas d’aspirer à certains résultats en lecture, en écriture et en mathématique, et il est erroné de penser que l’éducation consiste uniquement à acquérir des compétences en vue d’accéder au marché du travail. La profondeur et l’étendue de notre éducation ont des  conséquences pour le reste de notre vie, notre capacité à devenir des citoyens engagés, à être socialement responsables, à nous comprendre nous-mêmes et à comprendre les autres, à être heureux et à parvenir à la réussite au sens le plus large du mot. En outre, la lecture est présente dans chaque aspect de l’éducation.

Si le pourcentage d’élèves qui disent « aimer lire » était une des mesures de réussite pour les écoles de l’Ontario, nous apporterions les changements nécessaires pour faire en sorte que le pourcentage augmente au lieu de diminuer.

Par conséquent, au lieu de fixer des objectifs pour les résultats des évaluations, commençons à en établir pour le plaisir de la lecture. Assurons-nous d’avoir dans nos écoles des clubs de lecture et des bibliothèques florissantes et d’envoyer aux parents des notes pour les inviter à lire à leurs enfants, pour le simple plaisir de le faire.

La relation des enfants avec la lecture aura des conséquences sur le reste de leur vie; il est temps de veiller à ce que cette relation soit positive.

Annie Kidder
People for Education

La Première Étape : Leur Mettre des Livres Entre Les Mains

8/11/2011

POURQUOI LES CANADIENS NE LISENT-ILS PAS? NOUS N’AVONS PAS LES LIVRES!
OU
LES CANADIENS NE LISENT PAS FAUTE D’ACCÈS AUX LIVRES
OU
L’INACCESSIBILITÉ DES LIVRES À L’ORIGINE DES FAIBLES TAUX DE LECTURE
OU
LA PREMIÈRE ÉTAPE : LEUR METTRE DES LIVRES ENTRE LES MAINS

« Je peux garder ce livre? Vraiment? » Cette réaction d’un enfant de dix ans, yeux tout écarquillés, dans une collectivité éloignée de l’Ontario, est assez courante. Posséder un livre est quelque chose de rare pour des milliers et des milliers de Canadiens.

Le 13 septembre, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a publié Regards sur l’éducation 2011, sa publication prestigieuse sur les indicateurs liés à l’éducation. L’étude a révélé entre autres que 37 % des Canadiens adultes ne lisent pas par plaisir. Pour un pays riche qui s’enorgueillit du niveau de scolarité de sa population, ce pourcentage est très élevé. Nombre de facteurs contribuent à cette situation, mais le principal est l’accès. Nos années de travail auprès des collectivités rurales nous ont appris que les livres sont un luxe. Il n’y a pas de bibliothèques non plus pour les milliers de personnes qui vivent dans le nord et les régions rurales. En outre, dans certaines grandes localités dotées de bibliothèques, il faut payer pour obtenir une carte d’utilisateur, tandis que dans certaines villes, les bibliothèques réduisent leurs heures d’ouverture ou envisagent de fermer leurs portes. Il est possible d’acheter des livres en ligne, mais cette option n’est bonne que pour les ménages qui peuvent se le permettre. Pour les parents qui ont déjà de la difficulté à loger, nourrir et vêtir leur famille, les livres figurent au bas de la liste des priorités.

Toutefois, depuis quelques années, le Collège Frontière organise en milieu rural des camps de lecture d’été, et une partie du programme inclut de fournir gratuitement des livres aux enfants. L’an dernier, nous avons distribué près de 40 000 livres à l’échelle du pays, et bon nombre de ceux-ci se sont retrouvés dans des foyers qui n’avaient par ailleurs aucun livre. Quelle joie de voir le plaisir illuminer le visage d’un enfant à qui l’on dit qu’il peut conserver le livre qu’il est en train de lire. Mais cela donne aussi à réfléchir quand on sait que tant d’enfants devraient tout simplement s’en passer, si ce n’était de ce don de livres et de ces programmes de lecture.

Nous discutons souvent dans mon secteur d’activité de la question de savoir si ce que les gens lisent par plaisir est important. Certes, l’idéal est d’avoir une diversité de documents, appropriés sur les plans culturel et de l’âge et propres à ouvrir l’esprit d’un enfant à de nouveaux concepts, mais cela ne veut pas nécessairement dire un livre. Si un enfant lit des bandes dessinées ou un document en ligne, cela est mieux, à mon avis, que de ne rien lire du tout. Ces bandes dessinées peuvent représenter la passerelle qui mènera l’enfant vers la lecture de livres. L’enfant qui lit est un enfant qui exerce sa capacité à lire; comme pour tout exercice, si les muscles ne sont pas utilisés, il faudra déployer encore plus d’effort pour les stimuler.

Nous croyons en des études centrées sur l’apprenant, autrement dit, en la nécessité de se concentrer sur ce que l’apprenant veut apprendre, puisqu’il sera sans doute alors plus réceptif au processus. Pour les enfants, nous voulons que la lecture soit quelque chose d’amusant. L’été, avec l’aide financière de TD, nous installons des tentes de lecture dans les parcs et lors d’événements; nous laissons des livres par terre et nous encourageons les enfants à entrer et à lire ou à se faire lire une histoire par un de nos bénévoles. Je suis toujours étonnée de constater que, même s’ils peuvent se faire maquiller, sauter sur des structures gonflables et se laisser amuser par des clowns, les enfants choisiront d’entrer, de prendre un livre et de lire. Les enfants veulent lire; ils adorent se faire lire des histoires. S’ils en prennent l’habitude à un jeune âge, ils continueront à vouloir lire à l’âge adulte. Mais il faut tout d’abord établir l’élément le plus fondamental – l’accès aux documents.

Sherry Campbell
Présidente
Collège Frontière

L’importance de la littératie dans la petite enfance

16/09/2011

Par Wayne Grady

« L’apprentissage de la lecture commence dès la naissance, affirme Clara Bohrer, qui intervient en faveur de la littératie dans la petite enfance aux États-Unis. Les parents sont les premiers enseignants de l’enfant et aussi ses plus importants, et ils doivent être éduqués pour savoir comment jouer un rôle si fondamental dans le développement de l’enfant. »

Mme Bohrer est intervenue en janvier au 2e Sommet sur la lecture, initiative canadienne créée dans le but d’établir une stratégie nationale de lecture visant à augmenter le taux de littératie du Canada. Actuellement, le Canada, avec un taux de littératie de 97 %, se classe 20e sur la liste des taux de littératie mondiaux de l’ONU, mais ce classement est trompeur. En effet, selon Statistique Canada, 15 % des Canadiens ne comprennent pas les étiquettes des bouteilles de médicaments, 27 % ne peuvent pas interpréter les avertissements sur les imprimés relatifs aux déchets dangereux et 42 % sont « partiellement analphabètes », ce qui signifie qu’ils peuvent en principe lire, mais que leur niveau de compréhension est très faible. Le Conseil canadien sur l’apprentissage a récemment fait observer que 48 % des Canadiens n’atteignent pas la norme internationalement acceptée en matière de littératie pour fonctionner dans la société actuelle.

Les éducateurs reconnaissent que, pour relever les taux de littératie, il faut commencer dès la petite enfance. Actuellement, au Canada, un enfant sur quatre commence la maternelle sans avoir les aptitudes nécessaires pour apprendre à lire; aux États-Unis, ce taux est de 35 %. Mme Bohrer est présidente d’un programme lancé aux États-Unis en 2004 pour s’occuper du problème. Appelé « Chaque enfant prêt à lire » [en anglais Every Child Ready to Read ou ECRR], le programme est axé non pas sur les écoles publiques, mais sur les bibliothèques publiques, où les enfants sont exposés aux livres et à la lecture bien avant leur entrée en maternelle. « Les bibliothèques, dit-elle, sont maintenant considérées comme des ressources importantes dans la collectivité pour la littératie précoce. »

Au Canada, les bibliothèques publiques ont devancé le programme ECRR en entreprenant leurs propres initiatives. En 2001, le Québec a lancé Une Naissance, Un Livre, programme où chaque mère ou père qui inscrit un enfant de moins de 12 mois à une bibliothèque publique reçoit un sac-cadeau renfermant un livre d’images, un CD de musique et un exemplaire du magazine Enfants-Québec. Les parents sont encouragés à lire avec leurs enfants, non seulement à la bibliothèque, mais aussi au foyer. En plus d’acquérir des aptitudes à apprendre, les enfants viennent à associer la lecture à un environnement stimulant, aux liens parents-enfant, relations qui durent toute la vie. Après 10 ans, des tests révèlent que les petits Québécois âgés de trois ans qui n’ont pas reçu de sac-cadeau ont un vocabulaire de 616 mots, tandis que ceux qui ont participé au programme ont un vocabulaire de 2 150 mots. Clairement, le programme est efficace.
« Il est bien sûr important de parler à un enfant, dit Patricia Enright, gestionnaire des Services pour les enfants, les adolescents et les collectivités rurales de la Bibliothèque publique de Kingston Frontenac, mais la lecture introduit l’enfant à des mots qui ne font pas partie du vocabulaire habituel des parents. »

Inspirée par le programme ECRR et celui du Québec, la Bibliothèque de Kingston Frontenac ouvre ses portes, depuis quatre ans, aux pré-lecteurs et à leurs parents ou fournisseurs de soins. L’initiative « Des livres pour les bébés » est axée sur les nouveau-nés et les introduit à des contes, des chansons et des rimes. Le programme « Petites merveilles » est destiné aux tout-petits qui commencent à marcher jusqu’à l’âge de 23 mois et ajoute du mouvement, tandis que le programme « Lecteurs en herbe », destiné aux petits de 2 à 5 ans, s’inscrit dans la même veine avec des histoires, des contes et de la poésie et encore plus de mouvement.

« Ces programmes sont très populaires, dit Patricia. Il n’y en a pas un où nous ne fonctionnons pas en surcapacité. Mais les parents doivent être impliqués autant que les enfants, et le programme doit se poursuivre à la maison. Les parents ne peuvent pas amener leur enfant à la bibliothèque une demi-heure par semaine et s’attendre à ce que son vocabulaire s’enrichisse. À notre avis, ça marche. Il est difficile de déterminer l’apprentissage qui se fait à la maison, mais nous demandons aux fournisseurs de soins s’ils ont emprunté des documents, comme livres, des CD ou des revues pour les enfants, et entre 85 et 90 % disent l’avoir fait. »

La Bibliothèque de Kingston Frontenac s’est aussi associée à l’organisme Kingston Literacy and Skills pour distribuer des livres gratuits aux enfants de la région de Kingston.
Le club Rotary de Kingston reconnaît aussi l’importance de l’éducation de la petite enfance. Il y a sept ans, Jim Frid, psychologue et membre du club Rotary local, a lancé un programme de distribution de livres d’enfants dans les services pédiatriques de l’Hôtel Dieu et du Kingston General; comme les hôpitaux ne peuvent pas accepter des livres d’occasion, les membres du club Rotary ont recueilli des fonds et acheté des livres neufs auprès de maisons d’édition de livres d’enfants. Jusqu’à maintenant, plus de 14 000 livres ont été distribués dans a collectivité; le programme a connu un tel succès que Rotary Canada envisage de l’adopter comme initiative nationale.

Le club Rotary a aussi entrepris à Kingston, en 2003, un programme d’enrichissement (le « Rotary Initiated Child Enrichment » ou RICE) pour faire en sorte que chaque élève de première année ait sa carte de bibliothèque; jusqu’à maintenant, 4 000 cartes ont été émises. Il a aussi un autre projet, appelé « Food for Thought », qui consiste à distribuer des libres aux familles dans les banques d’alimentation locales.

Ces programmes renforceront inévitablement les aptitudes en lecture et en compréhension dans la région de Kingston et à l’échelle du Canada. Nous ne pouvons pas nous permettre d’être insouciants en ce qui concerne notre taux de littératie. Certes, un sondage récent a démontré que durant une semaine en janvier dernier, 2,7 millions de livres ont été soit achetés en librairie soit empruntés d’une bibliothèque publique. Si l’on suppose qu’autant de livres ont été acquis la semaine précédente, cela voudrait dire qu’environ cinq millions de personnes lisaient un livre cette semaine-là. Cela correspond à un Canadien sur sept. Nous pouvons faire mieux.

Pour chaque dollar que le gouvernement fédéral a dépensé au chapitre des arts au cours de la dernière année, le secteur de la radiodiffusion a reçu 47 cents et celui de l’édition, 4 cents. Nous pouvons faire mieux.

Pourquoi? Est-il important d’accroître le taux de littératie? Quels avantages tangibles y a-t-il à être une vraie société de lecteurs et de lectrices?
D’après Statistique Canada, chaque augmentation de 1 % de notre taux de littératie correspond à une hausse de 2,5 % de notre produit intérieur brut. Autrement dit, chaque fois que 350 000 Canadiens apprennent à lire, notre PIB augmente de 32 milliards de dollars. Voilà certes un facteur d’incitation, mais il y en a d’autres, peut-être plus importants.
Actuellement, environ un Canadien sur trois ne sait pas assez bien lire pour comprendre la différence entre deux points de vue opposés dans les éditoriaux. Or nous sommes actuellement en campagne électorale. Le manque d’aptitude à la lecture de 48 % de la population a de sérieuses conséquences pour l’avenir de la démocratie participative.

Wayne Grady fait partie du comité directeur de la Campagne sur la lecture. Il vit au nord de Kingston.

Une culture de lecture dynamique au Canada, ça ressemblerait à quoi?

10/08/2011

par Patsy Aldana

Une culture de lecture repose sur une compréhension et une appréciation de la lecture, qui n’est actuellement pas sur le radar de tous les Canadiens. La création d’une culture de lecture exige un changement dans les mentalités. Comme culture, nous devons embrasser la place de la lecture dans notre vie personnelle et en faire une priorité dans la société civile. La lecture est indispensable au bien-être et au bonheur de l’individu et à sa capacité à se comporter en citoyen dans une démocratie; autrement dit, une culture dans laquelle la lecture est encouragée pour tous les citoyens est essentielle au bien être général de notre société. Une culture de lecture commence par les membres les plus jeunes de la société parce qu’un amour des livres prend naissance bien avant qu’un enfant puisse lire les mots imprimés sur la page. Pour favoriser une solide culture de lecture au Canada et au Québec, nous devons commencer par l’idée que la lecture est une des choses les plus agréables que l’on puisse faire et bâtir sur ce fondement.

Le contenu canadien ou québécois joue un rôle très important dans la formation de notre culture de lecture. Comme Canadiens, nous avons besoin de livres et d’autres documents à lire qui agissent comme des miroirs et des fenêtres. Cet aspect est particulièrement important pour les enfants. Actuellement, les écoles canadiennes sont presque dénuées de ces miroirs, et nos fenêtres ouvrent souvent sur les médias de masse américains. En plus de les reconnaître, une culture de lecture au Canada traduirait une grande appréciation des auteurs canadiens et québécois et valoriserait la littérature canadienne et québécoise en tant qu’activité culturelle importante qui nous aide à nous connaître comme citoyens canadiens.

Non seulement source de plaisir, la lecture est aussi une source de pouvoir et de capacité à penser de manière critique. Elle nous permet d’explorer des idées et opinions différentes des nôtres. Il existe une puissance extraordinaire dans l’idée qu’un livre puisse pousser une personne à remettre en question ce qu’elle sait ou acquérir un nouveau point de vue. La lecture nous donne également une information et une meilleure compréhension de notre culture, qui, au Canada, est extrêmement diversifiée. Dans une société multiculturelle comme la nôtre, la lecture est particulièrement importante pour exposer les nouveaux arrivants aux langues et à la culture du Canada. En outre, les nouveaux arrivants doivent avoir accès à des livres canadiens et québécois dans leurs langues maternelles. La lecture peut également servir à tendre la main à d’autres groupes marginalisés de la société, qui, eux aussi, ont besoin de miroirs et de fenêtres.

Enfin, une culture de lecture favorise et appuie la lecture à tout âge au moyen de groupes de lecture, de bibliothèques, d’un réseau convenable de librairies indépendantes traditionnelles, du publipostage, des livres électroniques et des revues et journaux diffusés sur toutes les plates-formes de façon à susciter une riche diversité de documents à lire disponibles. Mais elle englobe  aussi l’information et la possibilité d’une conversation entre lecteurs au sujet d’un vaste éventail de livres et d’autres documents dans les médias, les sites Web, les blogues et les médias sociaux. Ces conversations font partie intégrante de l’expression et de la communication de l’amour de la lecture, fondement de toute culture de lecture.

Éléments d’un plan

  • Campagne de promotion de la lecture destinée aux bébés,  centrée sur les parents et exécutée par l’entremise des bibliothèques, des hôpitaux, des médecins de famille, des organismes de santé publique et des ONG.
  • Écoles comptant des bibliothèques convenablement dotées en personnel, où l’on encourage la lecture libre, où l’on administre beaucoup moins de tests et où les enseignants suivent une formation sur la littérature de jeunesse.
  • Concours de lecture et clubs de lecture d’été dans les bibliothèques publiques.
  • Au secondaire, vaste éventail de documents à lire employés pour enseigner la littérature, les romans canadiens et québécois formant une part importante du tout.
  • Bibliothèques scolaires convenablement dotées en personnel où les élèves apprennent à utiliser des écrits documentaires ainsi qu’à critiquer ce qu’ils lisent et à mieux connaître le système des bibliothèques publiques.
  • Offre aux nouveaux arrivants d’un vaste éventail de documents de leur choix dans leurs propres langues; l’intégration des nouveaux arrivants et leur apprentissage de la langue (pour les enfants et les adultes) doivent inclure des lectures au sujet du Canada et du Québec à des niveaux appropriés.
  • Mise en place, pour les Autochtones, des meilleures écoles et bibliothèques publiques qui soient, présence de promoteurs de la lecture ayant reçu la meilleure formation possible, de livres, revues, ordinateurs et autres ressources neufs, de documents à lire choisis par leurs propres spécialistes ayant reçu la formation voulue PLUTÔT que de vieux documents à lire donnés. Plutôt que les sommes minimes actuelles, nous devrions dépenser trois fois plus pour la lecture dans les collectivités autochtones que dans le grand public.
  • Pour le grand public, espaces où les gens peuvent échanger de l’information et avoir des discussions animées au sujet des livres et de la lecture, comme des bibliothèques, des clubs de lecture, des blogues, des festivals littéraires, des sites Web et des médias couvrant les livres. Un environnement de ce genre et l’accès à une diversité de documents à lire constituent les éléments essentiels pour promouvoir la lecture à tout âge.
  • Recherches canadiennes et québécoises sur l’évolution de la lecture, les niveaux de lecture et les attitudes envers celle-ci, l’impact des nouvelles technologies sur la lecture et le lien entre la lecture et d’autres résultats.
  • Programmes nationaux sur la lecture, appuyés par le réseau de bibliothèques et d’institutions publiques comme la SRC,  Télé-Québec, TVO, etc.
  • Organisme fédéral de promotion de la lecture.

Pays ayant d’excellents et ambitieux plans de lecture :

  • Brésil
  • Mexique—Loi sur le livre et excellent plan en matière de bibliothèques scolaires (voir la présentation d’Elisa Bonilla au 1er Sommet sur la lecture).
  • Chili—Bibliothèques d’écoles et de garderies.
  • Hollande—Programme de promotion de la lecture ciblant le groupe des bébés jusqu’aux adolescents—bibliothèques, organismes de santé publique, écoles (voir la présentation d’Ingrid Bon au 1er Sommet sur la lecture).
  • Shenzhen, Chine—Système scolaire intégrant la lecture libre, de vrais livres par opposition à des manuels de classe, l’absence de tests sur la lecture ou d’enseignement axé sur les tests, des clubs de lecture de classe, d’excellentes bibliothèques, la participation des parents et l’affectation obligatoire dans toutes les écoles de 7 % du budget scolaire à la promotion de la lecture.

Leçons chinoises

21/12/2010

Comme nous l’avons évoqué dans notre dernier billet, la province chinoise de Shanghai, qui a pour la première fois participé à l’enquête de l’OCDE sur les taux de lecture, a obtenu des résultats supérieurs à ceux de tous les autres pays. Le Canada s’est classé sixième, derrière la Corée, la Finlande, Hong Kong et Singapour.

De plus, Shanghai est arrivée en tête en ce qui touche les maths et les sciences.

Pourquoi Shanghai fait-elle si bien ?

Les participants du prochain Sommet sur la lecture à Montréal n’auront pas la prétention de trouver toutes les réponses à cette question, mais vont pouvoir explorer quelques raisons de ce succès.

Le conférencier Li Quingming est le directeur de l’école Nashan, affiliée à l’Institut national chinois de recherche en éducation, qui est reconnue pour ses programmes avancés d’éducation civique. Considéré comme un éducateur des plus accomplis, il exerce un ascendant marqué sur le milieu de l’éducation chinois.

M. Li va partager ses vues avec les délégués du 2e Sommet sur la lecture TD. Il n’est pas trop tôt pour commencer à penser à nos interrogations et aux domaines sur lesquels nous avons beaucoup à apprendre, et ce, au moment où nous nous préparons à amorcer la prochaine phase de la mise au point d’une stratégie de lecture pour le Canada et le Québec.

10/12/2010

Il ne reste que quelques petites semaines avant l’ouverture du 2e Sommet sur la lecture TD, qui se déroulera sous le thème Pour une société de lectrices et de lecteurs. L’événement ne saurait mieux tomber.

Plus tôt cette semaine, l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) a publié les résultats de sa plus récente enquête sur l’éducation, un exercice d’évaluation de l’apprentissage qui se déroule chaque trois ans. Les résultats du Canada n’ont rien d’encourageant. Comme le rapporte le Globe and Mail, de vigoureuses économies en émergence comme celles de la Chine et de la Corée nous surclassent. Nous continuons à occuper une position dominante en figurant au cinquième rang de la liste des 65 économies étudiées, mais nos courbes de tendances pointent dans la mauvaise direction.

Au pays, le taux de lecture est en baisse de deux pour cent par rapport à voilà dix ans, et ce, malgré l’attention soutenue portée à la littératie en milieu scolaire et les investissements qu’on lui a consacrés. À l’évidence, il faut faire plus.

Participez au 2e Sommet sur la lecture TD, que la Grande Bibliothèque à Montréal accueillera les 20 et 21 janvier 2011, et venez discuter avec nous de ce qu’il faut faire. Ensemble, réfléchissons aux façons d’inverser la tendance, afin de créer une véritable société de lectrices et de lecteurs.